Ces dernières semaines, il circule des rumeurs selon lesquelles Facebook se lancerait dans le recrutement en lançant, par exemple, un service de publication d’offres d’emplois. Depuis un article paru dans le Wall Street Journal, ces rumeurs s’intensifient au point d’avoir fait baisser le cours de l’action Linkedin.
Que penser de ces rumeurs ? Quel service pourrait véritablement lancer Facebook ? Quel impact sur le monde de la RH et du recrutement ? Nous avons voulu faire le point sur un éventuel service emploi (un jobboard ?) lancé par Facebook. Nous avons réunis l’avis de différents acteurs du web social.
Laurent Brouat, consultant pour Link Humans (conseil en stratégie de recrutement innovant), fait le point sur le service que pourrait proposer Facebook.
D’après les derniers commentaires des sites d’information, cette information semble étayée. Néanmoins, plusieurs éclaircissements semblent important:
- Facebook ne se lance pas dans le recrutement mais agrège des offres venant de services tiers et donc ne fait que prolonger ce qui se fait déjà.
- Cet agrégateur d’offres serait une sorte de Indeed (keljob) de l’emploi qui regroupe toutes les offres en un seul lieu… sans rémunération supplémentaire pour Facebook qui proposerait ce service en plus à ses abonnés avec comme objectif de les faire rester encore plus sur le site.Donc non, Facebook ne se lance pas dans le recrutement sur les réseaux sociaux mais pour le coup attaque davantage les jobboards et en particulier les agrégateurs d’offres.
Facebook ne fait que prolonger les besoins d’une personne dans la vie réelle avec l’emploi… Et en cette année d’élection présidentielle aux US, la question de l’emploi dans la vie de chacun est essentielle.
Facebook est très sensible à ne pas s’attaquer à tout l’écosystème qui dépend d’eux (comme les Work4us, Jobvite, Branchout…) pour justement les impliquer dans le projet. Facebook doit envoyer un message fort aux application tierce en leur disant: « nous ne développons pas de projets concurrents… soyez tranquille ».
C’est aussi ma conclusion: Facebook ne s’attaquera pas au marché du recrutement en ligne directement… Seule une application sur Facebook pourra le faire…. Fondamentalement, Linkedin n’a pas trop de soucis à se faire.
L’équipe de Talenteo.fr (conseil en recrutement des talents) revient sur les stigmatisations qui existent déjà autour du nouveau service.
On justifie souvent l’entrée de Facebook sur le marché du recrutement par la force de frappe de ce réseau : 900 millions d’utilisateurs dont 23 Millions en France. Les acteurs du recrutement déjà positionnés sur Facebook (Branchout, Oh My Job) ont prévu la parade aux lacunes de Facebook concernant la vie privée des utilisateurs : postuler via Facebook en gardant son profil inaccessible. L’idée serait donc d’utiliser Facebook comme système d’exploitation, de venir s’y greffer sans pour autant fusionner. Mais les utilisateurs et potentiels candidats font-ils vraiment la différence ?
Du point de vue du droit français, de nombreux arrêts ont condamné des employés se livrant sur leur profil personnel à des critiques de leur employeur. Facebook scanne les conversations de ses membres afin de détecter des comportements criminels. Difficile donc pour l’utilisateur d’imaginer son profil protégé à 100% de l’employeur lors d’une candidature, d’autant qu’un vent de paranoïa semble souffler sur le réseau comme en témoignent les désinscriptions croissantes. Reid Hoffman, patron de LinkedIn, expliquait : « MySpace, c’est le bar, Facebook, c’est la maison, et LinkedIn, c’est le bureau ».
La différenciation entre réseaux professionnels (Viadéo, LinkedIn), personnels (Facebook), de veille ou d’experts (Twitter) n’est-elle pas trop ancrée dans les esprits pour que Facebook trouve un écho dans le domaine du recrutement ? En effet, la réputation de Facebook concernant la vie privée de ses utilisateurs semble avoir beaucoup pesé sur ces derniers. Il semble difficile pour le réseau social de s’implanter sur un tel marché où, justement, le respect de celle-ci est une pierre angulaire de la relation employeur – candidat.
La team Talentéo : Coraline De Garcia, Caroline Vincelet, Stéphane Rivière.
Jacques Froissant, fondateur et dirigeant de Altaïde (recrutement 2.0), relativise la rumeur. Le recrutement sur Facebook existe déjà.
Tout d’abord, il ne s’agit que d’une rumeur d’analyste : pas de fumée sans feu dit-on, mais restons prudents.
Le recrutement sur Facebook, cela fonctionne déjà : l’étude JobVite 2012 montre en effet que 26% des recruteurs américains ont recruté sur Facebook (diffusion par salariés des offres, applications type Workforus ou Branchout, pages Fan dédiées…). Chez Altaïde en France, la diffusion des offres y marche de mieux en mieux.
Facebook ciblerait en plutôt les jobboards classiques (Monster…) que Linkedin. Ce dernier est clairement positionné cadre alors que Facebook plus grand public a un terrain de chasse plus proche des sites emplois généralistes.
Dans tous les cas, le recrutement social est en marche, quoiqu’il advienne des ambitions de Facebook sur le sujet. Le recrutement évolue très vite et les DRH et recruteurs d’entreprise doivent s’adapter.
Pour en savoir plus, lisez son article à ce sujet sur le blog Altaïde.
Stéphane Rivière, fondateur de Talenteo.fr, insiste sur la posture de l‘employeur.
On parle beaucoup outils en attendant l’appli miracle du plus gros réseau social qu’est Facebook, mais on oublie que c’est d’une nouvelle posture recruteur et aussi candidat que viendra la réussite du recrutement social.
Olivier Fécherolle, directeur général de Viadéo, a donné son point de vue sur le site de L’Expansion. Il défend bien entendu son réseau social professionnel et attaque Facebook sur sa gestion de la vie privée.
Extraits :
Facebook c’est une boîte innovante, un acteur incontournable du web. Mais il devra fournir de gros efforts s’il entend proposer un service « emploi » susceptible d’être efficace. Les différences avec les réseaux pros sont nombreuses. Il est actuellement loin de pouvoir séparer les domaines professionnels et personnels. Je ne reviens pas sur les nombreux faits divers liés à Facebook, les affaires de licenciements, de diffamation. J’ai une conviction: on ne peut pas mélanger les réseaux pros et persos. (…)
Mais Facebook a aussi des arguments en sa faveur. Je prendrai surtout en exemple les pages des entreprises. Elles sont aujourd’hui trop inexploitées. Le nombre d’entre elles comportant une section RH est largement minoritaire. (…)
Si on essaye de résumer, la rumeur semble crédible. Le plus probable semble que Facebook généralise ce que proposent certaines applications sur les pages des entreprises, à savoir un service agrégateur d’offres. Ainsi, le nouveau service serait plus un jobboard qu’un concurrent à Linkedin. La principale interrogation reste la gestion de la vie privée.
Enfin, il semblerait que nos spécialistes attendent plus que Facebook révolutionne les mentalités que les outils. En effet, les outils sont déjà là, par contre l’utilisation réelle des médias sociaux dans le processus de recrutement n’en est qu’à ses débuts. Et cela pourrait bien bouleverser le monde du recrutement !
Un deuxième article a été publié à la suite de celui-ci: le service emploi Facebook: une chance?
Dans la continuité de cet article, nous vous conseillons de lire :
- Facebook et Campus Management, par Laurent Brouat
- Facebook et sa « crise d’ado », par Guillaume Caramalli
- Facebook & recrutement en ligne : vers une fusion des identités sociale et professionnelle ?
- Facebook peut-il devenir une véritable plateforme de Recrutement ?, par Jean-Christophe Anna (article plus ancien)
Nous remercions nos nombreux contributeurs pour cet article!
L’équipe Yupeek.

