Retrouvez l’interview de Eric Delcroix, Community Manager VAD e-commerce Lille. Il répond à nos questions sur le web 2.0, sur l’e-réputation…
Une petite présentation s’impose :
Eric Delcroix, éternel vieux débutant du web, considéré par ses pairs comme spécialiste des médias sociaux et de leurs usages!
Comment êtes-vous tombé dans la marmite des réseaux sociaux ?
A l’origine, début 2000, je participais à de nombreuses listes de diffusion et groupes de news (Usenet). Dans ces groupes, les réseaux sociaux ont été très tôt évoqués… Je m’étais intéressé de plus près rapidement à Viaduc (l’ancêtre de Viadeo!) sans trouver cela convaincant… Au contraire, j’ai longtemps critiqué les réseaux sociaux à l’époque. C’est l’arrivée de Facebook qui m’a fait changer d’avis car, dans ce service, on trouvait des applications (tout le monde les connait sous la forme la plus répandue : le jeu). Avec ces applications, les réseaux sociaux changeaient de fonction : de « l’ami de mon ami est mon ami », on passait à « je peux travailler également avec des personnes de mon réseau facilement ». Puis, de fil en aiguille, les réseaux sociaux ont pris l’importance que vous savez notamment en s’intégrant de plein pied dans l’ensemble des médias sociaux.
Comment, selon vous, le web 2.0 vient modifier les pratiques RH et d’e-réputation ?
Deux questions en une! Je commencerai par l’e-réputation. Elle est apparue en même temps que l’émergence des réseaux sociaux. Les deux sont liés, il suffit de faire un Google Trend avec les termes « réputation online » et « réseaux sociaux » pour le constater. Cependant, l’e-réputation tend à disparaitre au profit de la gestion de la vie de chaque jour sur Internet… C’est une tendance qui ira certainement en s’accentuant.
L’e-réputation est très importante. Dans l’avenir, mais nous en sommes proche, la reconnaissance faciale sera en partie possible sur Google Images, et cela changera la donne… Les « pires » choses ne sont pas dans les médias sociaux mais souvent ailleurs! Dans l’avenir, la reconnaissance sera appliquée également aux vidéos, à la voix… qui y pense aujourd’hui? Déjà, qui se méfie de l’adresse mail qu’il fournit… Des moteurs de recherches tels que Spokeo sont pourtant spécialisés sur cette requête.
Pour les pratiques RH, le web 2.0 est à étudier selon deux composantes : du point de vue du recruteur, du point de vue du postulant.
Dans le cas du recruteur ou de l’entreprise, le web 2.0, d’un côté, a permis la sélection de personnel qu’il aurait été difficile d’identifier autrement, mais aussi de vérifier facilement les dires des postulants ou d’affiner leur profil.
Autre aspect qui concerne l’entreprise, elle « joue » sa notoriété en fonction de ce que l’on trouve sur la toile. Un exemple récent: une étudiante qui cherchait un contrat pro a refusé de contacter une entreprise car en saisissant le nom sur Google le terme « arnaque » est apparu. D’une façon générale, le responsable des ressources humaines d’une entreprise doit également gérer au mieux sa présence sur le net. On a souvent tendance à dire que l’employeur vous connait déjà quand vous passez la porte de l’entretien, mais l’inverse est souvent vrai également.
Enfin, concernant les entreprises qui ne sont pas ou ne veulent pas être présentes sur les réseaux et médias sociaux, elles y sont malgré elles… Soit par la présence de commentaires des internautes d’une façon générale, soit par la présence de ses propres employés qui indiquent travailler pour l’entreprise.
Côté postulant, la première chose à laquelle on pense évidemment est l’e-réputation de la personne… Mais le terme est certainement dépassé par celui de personal branding (même si je n’aime pas ce terme) aux connotations trop marketing à mon goût. L’employeur peut vous « traquer » sur la toile pour se faire une idée sur vous, et découvrir votre profil.
Également, le web 2.0 et sa veille permet tout au long de sa vie de se tenir informé d’éventuelles opportunités de carrière.
Les jeunes candidats sont-ils à l’aise face aux réseaux sociaux professionnels ? Des conseils pour leur recherche et leur identité numérique ?
Actuellement, à l’exception de la plupart des écoles de commerce, peu de parcours scolaires ou universitaires forment à l’usage des réseaux sociaux professionnels dans le but de la recherche d’emploi. Les candidats, le plus souvent, se forment sur « le tas » avec les très nombreux conseils parfois/souvent contradictoires qu’ils peuvent glaner sur la toile. Pourtant, il est presque indispensable pour la plupart des métiers (y compris des métiers comme cuisinier, jardinier… ) d’être présent sur la toile afin d’augmenter ses chances de recrutement.
Autre aspect de la question, dans réseau social, le mot social a toute son importance. Le gros péché de la plupart des candidats est de prendre les réseaux sociaux comme Linkedin ou Viadeo comme un simple dépôt de CV. Se mettre en relation avec les amis/collègues fait parti du jeu. D’ailleurs, c’est l’un des moteurs les plus puissants de ces réseaux sociaux qui sont basés sur la théorie des liens faibles, et quand on sait qu’une offre d’emploi trouve preneur dans 70% des cas pour un cadre par ces liens faibles, pourquoi s’en priver! Social sous-entend également s’intéresser, voire participer aux groupes de discussions sur nos sujets de prédilection.
Quel que soit le réseau, l’élément primordial est d’être vrai, autrement dit, de ne pas mentir. Je ne dis pas transparent comme on l’entend souvent, car nous n’avons certainement pas à tout diffuser sur ces réseaux. Cela reste un choix de la personne, toutefois, rien ne sert de cacher complètement sa vie privée. Il vaut mieux trouver le juste équilibre. C’est un peu le moment « machine à café » du travail: on parle de vie privée dans un monde professionnel.
Il reste à surveiller ce que disent les autres de nous. Généralement, un Google Alert sur son nom est suffisant. Demeure l’épineuse question des photos de soirées trop arrosées. S’il y a quelques images de ce type parmi d’autres, cela n’a pas trop d’importance, nous sommes tous, recruteurs y compris, des hommes… Par contre, si chaque semaine, des photos vous montrent en état d’ébriété… je ne pense pas que le profil sera retenu!
Recruter efficacement via facebook et twitter est-ce vraiment possible aujourd’hui ?
Si je veux faire une réponse lapidaire, je dirais oui pour les 2 réseaux cités.
Mais, sans rentrer dans le détail, cette réponse implique que l’entreprise ait découvert, connaisse, et utilise correctement ces réseaux sociaux… Il n’est pas question de faire croire que les réseaux soient la panacée. Cet usage de Facebook ou Twitter mais aussi des autres réseaux sociaux doit être le fruit d’une réflexion en amont qui doit permettre de répondre à : quel média social, pourquoi faire, comment…

