Aujourd’hui pour le 13ème Interview de Noé, nous rencontrons Stéphane Rivière de Talenteo.fr à bord de l’RH pour échanger sur le monde des ressources humaines.
Une petite présentation s’impose
Stéphane RIVIERE, j’ai 41 ans et je suis le fondateur de Talentéo. Une start up de conseil et internet, dont la vocation est de favoriser l’emploi des personnes en situation de handicap et/ou éloignées de l’emploi grâce aux médias sociaux. Je suis grenoblois d’adoption, une première partie de carrière au sein du groupe Adecco dans une filiale de conseil en recrutement où j’ai à l’époque déjà créé une structure pour accompagner le développement humain des start-up de l’époque (première révolution internet avec l’arrivée des job boards, des sites emplois dédiés et le « mail » ). J’ai ensuite rejoins l’Apec pour contribuer à en faire une véritable entreprise de services. C’est à cette époque , en 2007, que je m’investis dans le domaine du handicap, persuadé qu’il faut décloisonner l’approche et amener un maximum d’acteurs à travailler ensemble pour favoriser l’insertion des personnes handicapées : c’est la naissance de la démarche Handicadres ©.
Pendant 4 ans, j’ai donc identifié et animé un réseau de partenaires handicap sur l’ensemble du territoire. En juin dernier, j’ai décidé de voler de mes propres ailes et de créer Talentéo et ainsi de promouvoir une approche innovante : le recrutement par les talents grâce aux réseaux sociaux notamment. L’idée étant de mettre le handicap au cœur de l’innovation du recrutement via les réseaux sociaux, non plus comme un thème à part, mais comme une composante de cette approche innovante. Nous sommes convaincus (nous sommes 3 chez Talentéo, toutes recrutées via Twitter J) que les réseaux permettent de valoriser toutes les candidatures et nous le prouvons tous les jours avec nos clients.
Comment êtes-vous tombé dans la marmite des ressources humaines ?
Surement pas par hasard…Par goût pour la relation à l’autre, grâce à une curiosité maladive pour innover, découvrir les modes de fonctionnement, les moteurs qui poussent à agir. Petit je voulais être instituteur pour transmettre, plus âgé j’ai découvert le monde du conseil en recrutement en sortant de mes études et je n’en suis jamais sorti J Je me régale à mixer innovation technologique et créativité RH, je suis un survivant de la première vague des start-up internet de la fin des années 90. Je retrouve ce goût acidulé de la remise en question des modèles dans cette vague d’innovation liées au réseaux sociaux
Comment, selon vous, le web 2.0 vient modifier les pratiques RH ?
Le web 2.0, ce n’est pas révolutionnaire, c’est simplement utiliser le web de façon plus intuitive, comme à l’époque où les voisines comméraient dans la cour de l’immeuble, en sélectionnant les infos les plus représentatives de celles qui les intéressaient! Ces commères étaient des spécialistes de la sélection et de la présentation d’infos. Les internautes les plus doués sont un modèle un peu plus techniques, mais en gros, c’est ça! Et comme le web a des oreilles, l’info et ses critiques circulent… vite. Très vite. La vraie révolution des réseaux sociaux c’est le conversationnel !! Et les détracteurs de ce mode de recrutement innovant, le sont parce qu’ils restent sur des paradigmes des années 60 , je diffuse, on me répond, je choisis !! Finalement jusqu’aux années 2005-2010, seuls les médias avaient changé, le web 1.0 au lieu de la presse papier. Aujourd’hui, je diffuse, j’accepte de ne pas tout maitriser, que l’on me contredise et que je doive argumenter, rendre palpable la réalité de mes propos. J’échange avec les professionnels qui viennent vers moi et j’échange pour un objectif, court, moyen ou long terme. Dans nos métiers, les délais de recrutement ont été considérablement raccourcis puisque nous rencontrons les personnes intéressées et disponibles à l’instant T, tout en initiant des relations durables qui permettront de pourvoir les postes de demain. C’est cela qui déconcerte les acteurs traditionnels, sortir du « one shot » vertical pour passer à l’horizontal durable.
Les jeunes candidats sont-ils à l’aise face aux réseaux sociaux professionnels ? Quid des jeunes diplômés handicapés face à ces nouveaux modes de recrutement?
Nous ne sommes pas tous égaux face à l’adoption d’un nouvel outil. Il y a les « early adopters », qui se font un défi de tout savoir avant tout le monde, tout maîtriser. Et puis il y a le grand public, et les sceptiques. La génération des 20/35 ans sont en théorie « connectés », « branchés ». On dédaigne le terme de Génération Y (comme « why », ceux qui demandent toujours « pourquoi ») pour celui de la Génération C (comme « connectés »). Mais il n’est pas si évident que ça que tous les jeunes de cette classe d’âge soient happés par l’utilisation d’un nouvel outil. Certes, beaucoup utilisent Facebook, mais peu maîtrisent ce genre d’outils de façon professionnelle. L’outil n’est cependant pas tout. Savoir se présenter, en réel ou en virtuel, est un savoir-être rarement inné. C’est la raisons pour laquelle nous, professionnels du recrutement, sommes en devoir d’appréhender ses outils, et de former les candidats à les utiliser. Les jeunes diplômés handicapés sont représentatifs du grand public : certains sont plus connectés que d’autre à cause de leur handicap, par confort de santé, d’autres ont moins accès aux nouvelles technologies, parce que le matériel adapté coûte cher. Le défi, c’est de faire disparaître les inégalités par le web. Et le web est une formidable ouverture aux compétences des personnes handicapées, parce qu’on peut maîtriser sa présentation! Et donc mettre en avant ses compétences professionnelles : inspirer un a priori de potentiel, et non de quelqu’un de « courageux », comme c’est souvent le cas. Mais rappelez-vous : 15% des handicaps seulement sont visibles… Beaucoup de vos internautes sont sûrement atteints d’un handicap sans même en avoir conscience! Ou sans le mettre en avant !
Quels sont selon vous les avantages des réseaux sociaux professionnels en matière de recrutement et de marque employeur ?
Ils ont l’avantage de démultiplier les possibilités. Sur les réseaux sociaux, l’idée est de donner la possibilité à chacun de discuter. Et c’est même le principal intérêt! Pouvoir trouver le bon interlocuteur, ou « tomber dessus » en rebondissant sur des liens, des listes, des groupes, des « fan pages »… Les candidats et les recruteurs se trouvent beaucoup plus rapidement, la relation est humaine, même si elle est faite par écrit. Le confort, c’est de ne pas être obligé de passer 10 entretiens pour avoir un boulot ou un stage.
Je cite Caroline VINCELET notre CM : » l’intérêt des réseaux sociaux c’est de se dire « tiens, ce chargé de recrutement m’a l’air sympa, quelque chose passe, j’y vais en priorité. » Et une entreprise a envie de parler d’elle, envie de contourner la langue de bois, et de s’adapter aux questions qu’on lui pose. Quant aux candidats, ils peuvent poser des questions, se renseigner, les entreprises apprécient cela, c’est aussi un moyen de se rendre visible…
Quel est selon vous l’avenir des grands joboards ?
Même s’ils paraissent moins dominants à cause de cette nouvelle approche, ils resteront présents mais différents. Peut-être moins chers, peut-être plus ouverts, mais nous ne crions pas à la révolution 2.0. Nous disons simplement qu’un outil existe, qu’il fonctionne, qu’il donne de bons résultats économiques et humains, qu’il offre une possibilité de relation avec les candidats qui aille plus loin qu’un CV. Ces outils, les resaeux sociaux professionnels, il faut les utiliser en complémentarité des job boards de type Monster, Indeed, Cadremploi… etc. Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, mais avancer et intégrer l’innovation. Vous vous douterez que nous pensons que c’est la diversité qui remplit le mieux les challenges. Encore une fois, la technique de la fourmillière! L’enjeu est de passer du recrutement par les CV à un recrutement grâce aux profils plus riches via les médias sociaux.
Si vous aviez carte blanche et budget illimité, que mettriez-vous en place pour rapprocher l’offre et la demande de travail ?
Je ferai de talenteo.fr le « meetic » de l’emploi. J’en profite d’ailleurs pour faire un appel aux investisseurs potentiels, le projet est dans les cartons. Je financerai des actions à destinations des lycées, des Ecoles, des universités, des quartiers, des associations d’aides pour réduire la fraction numérique, pour permettre à tous d’être à l’aise sur les réseaux sociaux professionnels. Bref, je mixerai innovation technologique et pragmatisme.


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